The Cybernetic Teammate

Je commence à avoir une belle collection d’études sur l’impact de l’IA dans le travail quotidien en entreprise (rubrique Futur of Work et/ou mot-clé “Etude”). Celle-ci est intéressante parce qu’elle est réalisée chez Procter and Gamble et qu’elle s’intéresse à l’impact sur le travail créatif en équipe et pas sur des tâches purement productives. Elle démontre qu’une équipe avec IA produit un résultat bien meilleur avec plus d’émotions positives. L’arrivée de l’IA dans une entreprise va donc nécessiter de revoir l’organisation des équipes et du management.

Comment les Français utilisent ChatGPT : quatre infographies sur la place prise par l’IA dans nos vies

Une étude sur l’usage de l’IA en France et sa très large progression dans l’espace personnel. Dans les entreprises, il y a encore la moitié des salariés qui s’en servent sans le dire à leur boss. C’est le shadow IA particulièrement dangereux en termes de sécurité et particulièrement encourageant en termes d’usage futur dans les équipes… L’usage et les innovations vont venir de là. Mesdames et Messieurs les dirigeants, profitez-en en (dans le bon sens) !

How I Built an Entire App with AI in One Weekend

Le témoignage d’une application fabriquée en 48h. On pense moins à la 1 person 1 billion company qu’à l’impact que cela aura dans les entreprises. Cela redonne de la puissance au Lean, son takt et ses MVP : pour tuer la concurrence, il faut aller plus vite et plus léger. La méthode Agile est définitivement remisée au placard. Au premier meeting pour parler de l’approche avec vos équipes, votre concurrent aura déjà fait une centaine d’itérations. Cela redonne aussi le pouvoir aux équipes où l’IA favorise le bottom-up : l’innovation va enfin venir du terrain.

The Anthropic Economic Index

Encore une excellente initiative d’Anthropic : plutôt que de sonder les personnes sur leurs tâches avec l’IA, ils ont interrogé leurs données d’usage (anonymisées) à partir d’une classification de 20 000 tâches du Ministère de Travail américain. Ce qui est intéressant, c’est de voir le décalage avec le monde du travail réel. Ils vont reconduire l’étude périodiquement. À suivre ! Les évolutions seront plus intéressantes que les chiffres en eux-mêmes.

Workday to cut 1,750 jobs in AI push

Ce qui est intéressant dans cet exemple de la société Workday aux États-Unis, c’est que la réduction des équipes se fait dans un contexte tendu. C’est un arbitrage souvent fait dans les entreprises : trouver des ressources pour investir dans une technologie d’avenir (ici l’IA). Cet exemple va encore venir alimenter les peurs sur l’impact de l’IA sur les emplois. Le sujet est sérieux et préoccupant, mais en l’occurrence ici, c’est la situation économique de l’entreprise qui est le déclencheur. Et le mot IA lancé plus pour rassurer les marchés ?

Will AI Help or Hurt Workers?

Une étude sur l’impact de l’IA chez les chercheurs, prolongeant celle du BCG. Résultat : une forte hausse de productivité chez les profils performants, mais des difficultés pour les moins à l’aise avec ces outils. Surprenant : 82 % des chercheurs se disent moins satisfaits, la créativité étant déléguée à l’IA. Ce constat rappelle l’importance de former les équipes et de choisir soigneusement les tâches adaptées à l’IA lors de son intégration en entreprise.

Futur of Jobs Report

L’espoir n’est pas perdu, d’après la dernière étude du World Econmic Forum sur plus 1000 entreprises, si 41% prévoient de réduire les postes avec l’IA, 77% veulent se concentrer sur la formation des équipes existantes (upskill). Et même 87% dans les pays les plus développés. Elles semblent plus raisonnables que les gouru du marketing de la tech. Sur les 92 millions d’emplois perdus, ils restent compensés par 170 millions de nouveaux créés pour 2023.

Confessions of an agency founder and chief creative officer on AI’s threat to junior creatives

Une discussion de board qui démarre en demandant comment l’IA peut réduire les équipes dans leurs participations pour augmenter la profitabilité. La question se pose sur les stagiaires et les juniors. Mais le manager pointe avec raison : qui va devenir senior si on ne peut plus former les juniors à le devenir ? (le même constat est fait chez les avocats ou les grands cabinets de conseil). Résultat, ils cherchent à mettre de l’IA partout et ça va leur prendre du temps. Devant la réalité et la complexité des organisations des entreprises, le grand remplacement par l’IA n’est pas pour demain. Même avec un démarrage pour le moins bas du front.

Daron Acemoglu, Prix Nobel d’économie 2024 : « Le monde doit œuvrer pour une IA au service de l’être humain »

Excellente tribune de Daron Acemoglu, Prix Nobel d’économie 2024 dont j’avais déjà cité les recherches. Il apporte une vision intéressante : la recherche de l’AGI est en fait une volonté de remplacer l’humain purement et simplement (dans une vision ultra-libertarienne, ça, c’est de moi). Or l’IA pourrait être au service de l’humain, l’aider à se former, à être plus efficace, à moins se fatiguer sur des tâches inutiles. L’IA devrait aussi oeuvrer à la démocratie et pas l’inverse. Cela ne viendra pas des grandes entreprises de la Tech, elles ont puissantes, cela doit venir des citoyens et des États.